Les MOUFLONS

.

Le Mouflon — Force et élégance des montagnes

Parmi les animaux sauvages que l'on peut rencontrer dans le Mercantour, le mouflon occupe une place particulière.
Sa silhouette robuste, son regard attentif et, chez le mâle,
ses magnifiques cornes enroulées en font un sujet de prédilection pour le photographe animalier.

Originaire de régions méditerranéennes, le mouflon a été introduit dans plusieurs massifs des Alpes au cours du XXe siècle.
Il s'est adapté à ces territoires où alternent pentes rocheuses, pelouses naturelles et versants ensoleillés.

Une silhouette reconnaissable

Le mâle, appelé bélier, est généralement plus imposant que la femelle.
Ses cornes épaisses se développent au fil des années en formant de grandes courbes caractéristiques.
Elles constituent l'un des signes distinctifs de l'espèce et témoignent de l'âge de l'animal,
sans toutefois permettre de le déterminer avec une précision absolue.

La femelle, plus petite, porte habituellement des cornes beaucoup plus courtes, parfois absentes.
Son allure plus fine et sa robe discrète lui permettent de se fondre dans les teintes de la montagne.

Le pelage, brun à brun roux selon la saison, s'éclaircit sur certaines parties du corps.
Chez les mâles adultes, une zone plus claire sur les flancs peut également être visible.

Une vie adaptée au relief

Le mouflon fréquente volontiers les terrains ouverts et rocailleux, où il peut se déplacer rapidement et surveiller les alentours.
Son agilité lui permet de progresser sur des pentes irrégulières,
même si son milieu de prédilection n'est pas exactement celui des bouquetins, véritables spécialistes des parois les plus abruptes.

Les mouflons vivent généralement en groupes.
Les femelles se rassemblent avec leurs jeunes, tandis que les mâles adultes peuvent former des groupes séparés,
notamment en dehors de la période de reproduction.

Leur alimentation est principalement végétale :
herbes, pousses, feuilles et autres plantes disponibles selon les saisons.
Ils adaptent leurs déplacements aux ressources alimentaires et aux conditions du milieu.

Le temps du rut

À l'automne, la tranquillité des groupes peut laisser place à une activité plus intense.
C'est la période du rut, lorsque les mâles rivalisent pour accéder aux femelles.

Les affrontements peuvent être spectaculaires.
Les béliers se font face, se redressent parfois et projettent leur tête pour entrechoquer leurs cornes dans un bruit impressionnant. Ces combats permettent d'établir une hiérarchie entre les concurrents.

Après cette période, les groupes retrouvent progressivement un comportement plus paisible.
La gestation dure environ cinq mois et les naissances ont généralement lieu au printemps.

Le mouflon et le photographe

Au Boréon, à la Madone de Fenestre ou sur les autres versants du Mercantour,
observer un mouflon demande avant tout de la patience et de la discrétion.

Souvent attentif au moindre bruit, il peut interrompre son repas, relever la tête et fixer longuement ce qui l'intrigue.
À cet instant, tout semble suspendu :
le vent dans l'herbe, la lumière sur les rochers, le silence des montagnes.

Pour le photographe, la rencontre ne se résume pas à saisir une belle silhouette
ou les courbes majestueuses des cornes d'un vieux bélier.
Il s'agit aussi de conserver la trace d'un instant de vie sauvage, dans un paysage où l'animal trouve naturellement sa place.

Et lorsque le mouflon reprend tranquillement son chemin sur les pentes, il laisse derrière lui ce sentiment précieux d'avoir partagé, le temps de quelques instants, un fragment de la vie secrète du Mercantour.

 

Une scène inattendue dans la vie des mouflons

Au cours d'une de mes observations dans le Mercantour, j'ai pu photographier cette scène assez particulière mettant en présence quatre mouflons : un mâle dominant, un second mâle et deux femelles.

Les femelles, qui ne semblaient pas réceptives aux avances du dominant, se dérobaient à ses tentatives.
La situation a alors pris une tournure inattendue :
le mâle dominant s'est tourné vers l'autre mâle et a adopté à son égard un comportement à caractère sexuel,
auquel celui-ci n'a pas opposé de résistance apparente.

Cette succession d'attitudes m'a surpris.
Elle rappelle que la vie animale ne se résume pas aux comportements que nous connaissons le mieux
et que certaines interactions restent difficiles à interpréter à partir d'une simple observation.

En photographie animalière, il arrive ainsi que l'on assiste à des scènes qui interrogent autant qu'elles étonnent.
L'objectif permet alors de conserver la trace d'un comportement observé dans son contexte naturel,
sans jugement humain et sans prétendre en connaître toutes les raisons.